Point de vue :  interne, externe, omniscient ?

Dans un texte narratif, il est important de reconnaître le point de vue adopté par le narrateur. En effet, l’analyse de ce point de vue (aussi appelé focalisation) permet de comprendre ce que le narrateur sait des événements racontés. Ainsi, on sait si le narrateur est extérieur à l’histoire, ou s’il est également un personnage.

Un même récit peut inclure une alternance de plusieurs points de vue.

I. Le point de vue externe ou focalisation externe

1. Définition du point de vue externe

Lorsque le narrateur s’exprime en utilisant le point de vue externe, il ne connaît des événements et des personnages que ce qu’il peut en voir. Il agit donc comme une caméra, et raconte l’histoire de manière objective et neutre.

2. Spécificités du point de vue externe

– la narration est neutre, objective
– seuls les actions et événements observables extérieurement sont décrits
– le texte est écrit à la troisième personne

=> le lecteur en sait moins que les personnages

3. Exemple d’analyse

 » Deux hommes parurent. L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main. Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue. Quand ils furent arrivés au milieu du boulevard, ils s’assirent à la même minute, sur le même banc.  »
Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet

Ici le narrateur décrit de façon objective les actions et l’apparence des deux personnages. On ne connaît pas leurs pensées ou ce qu’ils faisaient avant d’arriver sur les lieux de l’action.

II. Le point de vue omniscient ou focalisation zéro

1. Définition du point de vue omniscient

Lorsque le narrateur s’exprime en utilisant le point de vue omniscient, il adopte le point de vue d’un dieu. En effet, « omniscient » signifie « qui sait tout ».

Le narrateur possède toutes les informations sur la situation, les pensées des personnages, leur passé, et même leur futur. Ainsi, il peut montrer au lecteur plusieurs époques ou plusieurs lieux et se déplacer de l’un à l’autre.

2. Spécificités du point de vue omniscient

– le narrateur sait tout
– le lecteur a accès aux pensées et sensations des personnages
– la narration n’est pas limitée à un seul lieu ou époque
– le texte est écrit à la troisième personne

=> le lecteur en sait plus que les personnages

3. Exemple d’analyse

 » Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la soeur de monsieur le baron et d’un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps. »
Voltaire, Candide

Tandis que le narrateur décrit Candide, il donne aussi au lecteur des informations sur les pensées des domestiques et le passé familial du protagoniste. Le lecteur a donc accès à des informations qui ne peuvent être accessibles qu’en utilisant un point de vue omniscient.

III. Le point de vue interne ou focalisation interne

1. Définition du point de vue interne

Lorsque le narrateur s’exprime en utilisant le point de vue interne, il montre au lecteur ce que voit et ressent un seul personnage.

Si le texte est écrit à la troisième personne, le narrateur ne fait pas partie de l’histoire.

Si le texte est écrit à la première personne, le narrateur est lui-même un personnage de l’histoire. De fait, il témoigne d’événements qu’il a vécu ou qu’il est en train de vivre.

2. Spécificités du point de vue interne

– on a accès aux pensées, émotions et connaissances d’un seul personnage
– le texte peut être écrit à la première personne (narrateur-personnage) ou à la troisième personne

=> le lecteur en sait autant qu’un des personnages

3. Exemples d’analyses

a) Exemple de narrateur-personnage

 » Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. C’est Arthur Ganate qui m’a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C’était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l’écoute. « Restons pas dehors ! qu’il me dit. Rentrons ! » Je rentre avec lui. Voilà. « Cette terrasse, qu’il commence, c’est pour les œufs à la coque ! Viens par ici ! » Alors, on remarque encore qu’il n’y avait personne dans les rues, à cause de la chaleur ; pas de voitures, rien.  »
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

La narration à la première personne nous informe qu’il s’agit d’un texte écrit au point de vue interne, avec un narrateur-personnage. De plus, l’oralité du texte nous plonge dans les pensées intimes du narrateur.

b) Exemple de point de vue interne écrit à la troisième personne

 » Il montait lentement les marches, le coeur battant, l’esprit anxieux, harcelé surtout par la crainte d’être ridicule ; et, soudain, il aperçut en face de lui un monsieur en grande toilette qui le regardait. Ils se trouvaient si près l’un de l’autre que Duroy fit un mouvement en arrière, puis il demeura stupéfait : c’était lui-même, reflété par une haute glace en pied qui formait sur le palier du premier une longue perspective de galerie. Un élan de joie le fit tressaillir, tant il se jugea mieux qu’il n’aurait cru. »
Guy de Maupassant, Bel-Ami

Ici, même si la narration s’effectue en utilisant la troisième personne, le lecteur n’a accès qu’aux pensées et impressions d’un seul personnage, Duroy.

ASTUCE : En cas de doute entre point du vue interne et omniscient dans un texte à la troisième personne, on peut essayer de réécrire le passage en utilisant la première personne. Si cela ne produit pas d’incohérence, il s’agit d’un point de vue interne. C’est le cas ici.

« Je montais lentement les marches, le cœur battant, l’esprit anxieux, harcelé surtout par la crainte d’être ridicule ; et, soudain, j’aperçus en face de moi un monsieur en grande toilette qui me regardait. Nous nous trouvions si près l’un de l’autre que je fis un mouvement en arrière, puis je demeurai stupéfait : c’était moi-même, reflété par une haute glace en pied qui formait sur le palier du premier une longue perspective de galerie. Un élan de joie me fit tressaillir, tant je me jugeai mieux que je n’aurais cru. »

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Point de vue : interne, externe, omniscient ?

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